Le dauphin de Chine, ou Baiji, n’est plus.

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    Sam Turvey, le biologiste qui a mené l'expédition, parle de "tragédie révoltante".

    Dans l’indifférence total :

    Mentionnée par de nombreux sites spécialisés, cette consternante nouvelle n’a guère été reprise par les grands médias, et par les agences de presse. Pourtant, le baiji n’était pas un animal « comme les autres ». En effet, la disparition de Lipotes vexillifer est encore plus inacceptable lorsqu’on considère le battage médiatique et la sympathie que suscite un autre animal emblématique chinois hautement menacé, le grand panda. Les moyens déployés pour la sauvegarde de ce dernier, s’ils sont amplement justifiés, contrastent violemment avec l’indifférence réservée au sort du dauphin de Chine, alors que d’un point de vue zoologique, Lipotes est à peine moins important, si ce n’est aussi important, que le grand panda.

    Historique :

    Les populations de Baiji ont considérablement diminué depuis que la Chine a déclaré l’espèce menacée en 1979. En 1986, la population du Baiji était officiellement estimée à environ 300 individus mais un recensement étendu en 1998 révèle seulement 7 individus. La dernière apparition confirmée date de 2004 et le dernier baiji captif, Qi Qi, est mort en 2002 à l’Institut d’Hydrobiologie de Wuhan. Le gouvernement chinois avait établi une réserve dans un lac de la province de Hubei pour protéger tout Baiji capturé, mais il était déjà trop tard pour tenter de sauver l’espèce.

    Les faits :

    «Après plus de 20 millions d’années passées sur cette planète, le dauphin du Yangtsé est officiellement déclaré disparu, première espèce de cétacé à être rayée de la surface de la Terre par l’homme», écrit «The Independent». Le dauphin d’eau douce du Yangtsé était qualifié de famille de mammifère à part entière, souligne le quotidien.

    L’expédition avait pour but de sauver les baiji trouvés pour les relâcher ensuite dans les eaux d’un lac protégé. Mais ils sont revenus bredouilles.

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    Le baiji est la première espèce de cétacé dont la disparition est directement imputable à l’Homme.

    Un cargo de marchandise tous les 800 mètres :

    Par contre, la raison de la disparition de la «déesse du Yangtsé» leur a sauté aux yeux. Les berges du fleuve abritent un dixième de la population mondiale. L’expédition a croisé un cargo tous les 800 m. Or, le dauphin se dirigeait à l’aide de son sonar, les eaux étant trop troubles pour y voir quoi que ce soit.

    «Mais, sur une autoroute embouteillée par des portes-conteneurs et des péniches chargées de charbon, le dauphin est devenu sourd, augmentant les risques de collision avec des hélices ou des coques des bateaux», explique le journal. Sans compter le danger que représentent les filets et les lignes de fond de plus de 1.000 m utilisées par les pêcheurs du fleuve. Beaucoup de baiji ont été retrouvés pris au piège ou lacérés par les hameçons. Pour ne rien arranger, la pollution de l’eau a détruit son habitat.

    Une espèce unique :

    «La perte d’une espèce si unique et charismatique est une tragédie révoltante. Cette extinction représente la disparition d’une branche complète de l’arbre de l’évolution et souligne que nous devons prendre nos responsabilités de gardiens de la planète», a réagit Sam Turvey, le biologiste qui a mené l’expédition ».

    Beaucoup de question reste sans réponse :

    Lipotes n’a livré que bien peu de ses secrets, et notamment reste énigmatique quant à ses liens de parenté avec les autres dauphins. Est-il réellement un cousin du boutou de l’Amazone, avec lequel il est parfois classé (dans la famille des iniidés) ? Ou du susu du Gange (platanistidés) ? Ou, plus vraisemblablement, doit-il ses particularités à une évolution indépendante, qui a conduit à l’une des innombrables convergences évolutives dont la nature est coutumière ? Car s’il était apparenté au boutou amazonien, il faudrait imaginer qu’il ait migré depuis l’Amérique du Sud jusqu’à la Chine (hautement improbable), ou que leur ancêtre commun marin possédait déjà les caractéristiques propres qui les rend si bien adaptés au milieu fluviatile (à peine moins improbable). Quoi qu’il en soit, les analyses moléculaires confirment pour l’heure une divergence d’avec les autres cétacés à dents qui se serait produite il y a au moins 25 millions d’années.

    La cause probable de sa disparition :

    Ces dauphins aux caractéristiques si particulières (un long bec et de très petits yeux) n’a survécu à la pollution de son environnement et aux filets des pêcheurs.

    Vidéo reportage d’Al-Jazeera en anglais « Baiji » 2007.

    [flv:2009/02/video-dauphin-de-chine.flv 610 340]

    A savoir :

    Les chercheurs affirment que quelques Baijis existent probablement toujours dans les eaux sombres du Yang Tsé Kiang mais que la population n’est plus viable et que tous les survivants s’éteindront d’ici une génération. Techniquement, le Baiji ne peut pas être classifié comme éteint tant que 50 années ne se sont pas écoulées après la dernière apparition d’un specimen, selon les normes de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature/Monde (IUCN).

    Le dauphin de Chine est le premier grand mammifère à s’éteindre depuis une cinquantaine d’années.

    Le dernier mammifère à avoir disparu est le tigre de Tasmanie chassé sans relâche par les colons européens. Le dernier s’est éteint au zoo de Hobart, le 7 septembre 1936.

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